Des combats ont éclaté samedi entre les forces fédérales éthiopiennes et les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) dans le nord de l’Éthiopie. Ces combats ravivent les craintes d’un nouveau conflit dans une région sortie d’une guerre meurtrière il y a moins de quatre ans. Les affrontements étaient toujours en cours en milieu de journée, selon les autorités rebelles.
Le numéro deux du TPLF, Amanuel Assefa, indique à l’AFP que les forces fédérales avaient lancé une attaque vers 6h, heure locale, contre les positions tigréennes à Shererina, près de la frontière avec le Soudan. Selon lui, les combats impliquent de l’artillerie lourde et se déroulent dans le Tigré occidental, une zone disputée administrée par des nationalistes de la région voisine de l’Amhara. Sollicité par l’AFP, le porte-parole de l’armée fédérale n’a pas réagi.
Escalade militaire la plus grave
Dans un communiqué, le TPLF a accusé le gouvernement fédéral d’avoir intensifié ses opérations militaires en lançant une “vaste offensive d’infanterie”. Depuis plusieurs mois, Addis-Abeba et les autorités tigréennes s’accusent mutuellement de préparer une reprise des hostilités, alors que des forces des deux camps sont déployées de part et d’autre de la frontière du Tigré.
Les tensions concernent également les relations entre l’Éthiopie et le Soudan. Addis-Abeba accuse Khartoum de soutenir des combattants du TPLF, tandis que les autorités soudanaises ont récemment dénoncé des frappes de drones provenant du territoire éthiopien.
Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la Corne de l’Afrique à l’Oslo New University College, cette confrontation constitue “l’escalade militaire la plus grave observée dans le nord de l’Éthiopie depuis un certain temps”. Selon lui, elle pourrait annoncer une campagne militaire de plus grande ampleur ou servir de démonstration de force destinée à dissuader le TPLF.
Engagements sans application
Le Tigré, qui compte environ 6 millions d’habitants, est sorti en 2022 d’une guerre ayant opposé le TPLF aux forces fédérales, soutenues par des milices locales et l’armée érythréenne. Ce conflit, qui s’est déroulé entre 2020 et 2022, a fait au moins 600 000 morts, selon une estimation de l’Union africaine.
L’accord de paix signé à Pretoria en novembre 2022 avait permis de mettre fin aux combats, mais plusieurs engagements sont restés sans application, notamment le retour des centaines de milliers de personnes déplacées et le désarmement du TPLF.
Enrôlement forcé
Les relations entre Addis-Abeba et les autorités tigréennes se sont de nouveau dégradées ces derniers mois. Le gouvernement fédéral accuse notamment le TPLF de se rapprocher de l’Érythrée, avec laquelle les relations se sont fortement détériorées. Amanuel Assefa déclare pour sa part à l’AFP que son mouvement entretenait des liens avec “tous ceux qui combattent le gouvernement fédéral “, sans fournir davantage de précisions.
Par ailleurs, Human Rights Watch et l’AFP ont rapporté, sur la base de témoignages recueillis ces derniers mois, que les autorités rebelles tigréennes recouraient à des enrôlements forcés. Fin avril, le TPLF a également rétabli un Parlement régional jugé illégitime par le gouvernement fédéral, accentuant les tensions politiques. En février, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme avait appelé à une désescalade au Tigré “avant qu’il ne soit trop tard”.
Avec AFP














