Madagascar renforce son dispositif de lutte contre la traite de personnes alors que le pays figure parmi les pays de destination du scamming. Le Conseil des ministres de mardi a adopté deux décrets créant deux task forces distinctes mais liées, la première pour lutter contre la traite des êtres humains, la deuxième pour lutter contre le développement des réseaux de scamming. Ces deux structures devraient renforcer les réponses de la Grande île face à l’implantation des réseaux criminels transnationaux, en attendant l’adoption de la nouvelle loi sur la traite des êtres humains.
Selon le Bureau national de lutte contre la traite des êtres humains (BNLTEH), l’ouverture du pays et le développement du tourisme ont favorisé l’installation de ces réseaux criminels. Ceux-ci recrutent leurs victimes au moyen de fausses offres d’emploi promettant des opportunités professionnelles légitimes, avant de les contraindre, une fois arrivées à destination, à participer à des opérations d’escroquerie en ligne. Cette pratique est qualifiée par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) de traite des êtres humains à des fins de criminalité forcée, les personnes recrutées par tromperie étant privées de leur liberté.
A Madagascar, les victimes de telles pratiques ne sont pourtant pas encore considérées comme telles. Lorsqu’un réseau de scamming avait été démantelé en juin et que plus de 700 ressortissants étrangers en situation irrégulière avaient été interpellés, trois à quatre personnes ont été accusées de traite d’êtres humains. Les autres, elles, sont poursuivies pour des faits d’escroquerie et ne sont pas qualifiées de victimes de traites de personnes à des fins de criminalité forcée, regrette Eric Ramahandrisoa, secrétaire exécutif du BNLTEH, au cours d’une rencontre avec la presse vendredi.
La loi actuellement en vigueur réprime notamment la traite à des fins d’exploitation sexuelle, de travail forcé, de servitude, de mendicité ou encore de trafic d’organes, mais ne prévoit pas le cas des personnes exploitées pour être contraintes à commettre des infractions. Le projet de révision de cette loi, actuellement en attente d’examen à l’Assemblée nationale, entend combler cette lacune. Il élargit la définition de la traite des êtres humains en y intégrant l’exploitation à des fins d’activités délictuelles ou criminelles. Selon le BNLTEH, cette évolution permettra notamment de mieux prendre en compte les victimes exploitées dans les réseaux de scamming.
Les questions liées au scamming seront au centre de la Journée mondiale contre la traite des êtres humains, célébrée le 30 juillet sous le thème “Pièges derrière l’escroquerie”. Cette édition mettra l’accent sur les risques liés aux fausses offres d’emploi, sur la protection des victimes et sur le renforcement de la coopération entre les services chargés de démanteler ces réseaux criminels.















